RFI – Marthe Wandou figure parmi les quatre lauréats annoncés, mercredi 29 septembre 2021, à Stockholm, en Suède. Elle a été choisie pour son engagement pour la protection des femmes et des enfants dans l’extrême-nord du Cameroun, région la plus pauvre, la moins scolarisée du pays, région aussi fragilisée depuis le début des années 2010 par Boko Haram.
Juriste de formation, Marthe Wandou a bientôt 58 ans, elle est native de Kaélé, 60 km au sud de Maroua et son engagement est né de sa propre expérience : « Toute fille de cette région a au moins vécu une forme de violence basée sur le genre. Je ne fais donc pas l’exception. Harcèlement sexuel, violence, mais aussi le fait, par exemple, qu’à l’école primaire, j’étais avec plusieurs filles et elles ont été envoyées en mariage précocement. Et à l’université, nous n’étions que trois et ça, c’est vraiment révoltant. »
En 1998, elle fonde l’ONG Adelpa, Action locale pour un développement participatif et autogéré, pour encourager les parents à envoyer leurs filles à l’école. Elle propose aussi un accompagnement psychologique et juridique aux mineurs et aux femmes victimes d’abus.
Un long travail compliqué par la violence de Boko Haram : « Depuis 2013, déjà, avec l’arrivée des réfugiés nigérians, puis suivra en 2014, avec les déplacés internes, suite aux attaques à la frontière, des femmes qui sont traumatisées par le fait que leur mari ou leurs enfants soient tués, enlevés par Boko Haram, qu’elles n’aient plus de ressources… Nous les soutenons avec les compétences de vie, pour qu’elles puissent aussi s’autonomiser à travers la réalisation d’activités génératrices de revenus, en groupe ou individuellement. »
La tâche est immense avec près de 60 000 réfugiés nigérians et 260 000 déplacés internes, dont au moins les deux tiers sont des femmes et des enfants. Avec la visibilité de ce prix Nobel alternatif, Marthe Wandou espère mobiliser plus de partenaires pour mener ce combat.